Novo Nordisk : la fuite de données s'étend aux modèles d'IA et jeux d'entraînement

14/8/26
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Novo Nordisk : FulcrumSec balance les modèles d'IA du laboratoire, pas seulement les données patients

Deux mois après avoir divulgué les données de patients d'essais cliniques, le groupe cybercriminel FulcrumSec vient de publier un second lot bien plus sensible : l'intégralité de l'écosystème d'intelligence artificielle de Novo Nordisk. 30 modèles, 70 jeux de données d'entraînement et 500 Go d'images de microscopie propriétaires — plus d'un téraoctet de données diffusées via torrent le 12 août 2026.

Ce qui s'est passé

Le 11 juin 2026, Novo Nordisk annonçait une violation de données touchant des participants à ses essais cliniques : identifiants patients, biomarqueurs, données de santé et d'immunogénicité — un incident déjà analysé par Leto sous l'angle pseudonymisation contre anonymisation. Ce premier volet portait sur les composés du laboratoire, ses recettes de fabrication et son code source, après l'échec de deux tentatives d'extorsion à 50 puis 25 millions de dollars.

FulcrumSec vient de livrer la suite : l'ensemble de l'infrastructure HuggingFace utilisée par Novo Nordisk pour entraîner ses modèles de découverte de médicaments, dont des images de Cell Painting — une technique de microscopie qui capture le comportement cellulaire face à des composés chimiques, souvent générée à partir d'échantillons biologiques liés à des protocoles de recherche. Le groupe affirme avoir reçu des offres d'acheteurs chinois avant de préférer une diffusion ouverte, « pour ne pas laisser un laboratoire de Suzhou gagner une décennie de R&D ». Novo Nordisk n'a pas répondu aux sollicitations de DataBreaches.net sur l'ampleur réelle de l'impact.

Pourquoi c'est important

Cette deuxième vague déplace le problème : il ne s'agit plus seulement d'un vol de dossiers patients, mais de la fuite du pipeline d'entraînement IA lui-même. Or ces jeux de données d'entraînement et ces images de microscopie peuvent avoir été constitués à partir d'échantillons de recherche potentiellement réidentifiables, ce qui les fait basculer dans le champ de l'article 9 du RGPD sur les données de santé — au même titre que les données patients divulguées en juin.

Une fuite en plusieurs actes de ce type oblige aussi à reconsidérer les obligations de notification : chaque nouvelle catégorie de données exposée peut déclencher une réévaluation du risque au titre de l'article 33, voire une nouvelle communication aux personnes concernées selon l'article 34 si le risque s'aggrave. Le cas illustre également les limites du contrôle sur la chaîne de sous-traitance : héberger son écosystème IA chez un tiers (ici HuggingFace) n'exonère pas le responsable de traitement de ses obligations de sécurité au titre de l'article 28.

Ce que ça change pour les organisations

Pour les DPO et RSSI qui pilotent des projets d'IA sur des données sensibles, trois réflexes s'imposent : cartographier précisément quelles données ont servi à l'entraînement des modèles internes, en particulier lorsqu'elles dérivent d'échantillons biologiques ou cliniques ; documenter le lien entre jeux d'entraînement et personnes concernées pour anticiper une éventuelle réidentification ; et intégrer, dans le plan d'audit des sous-traitants, les plateformes d'hébergement de modèles IA au même titre que les hébergeurs classiques. Une violation de données par étapes appelle enfin une procédure de notification capable d'être réactivée à chaque nouvelle divulgation, et non traitée comme un événement clos après le premier signalement — voir le guide Leto sur la gestion d'une violation de données.

Ce que Leto pense de cette décision

Cette affaire confirme une tendance que nous observons depuis plusieurs mois : les rançongiciels ne se contentent plus d'un chantage ponctuel, ils échelonnent leurs divulgations pour maximiser la pression — et chaque palier peut exposer une catégorie de données différente de la précédente. Les organisations qui investissent dans l'IA appliquée aux données de santé doivent désormais traiter leurs pipelines d'entraînement comme un périmètre RGPD à part entière, documenté et audité au même niveau que leurs bases patients. Attendre la divulgation pour le découvrir coûte toujours plus cher qu'un inventaire fait en amont.

Sources : DataBreaches.net, « More Novo Nordisk data dumped by FulcrumSec », 12 août 2026

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