Formation CSRD : sensibiliser vos équipes à la directive

La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, 2022/2464/UE) oblige les grandes entreprises à publier des informations de durabilité détaillées selon les standards ESRS à partir de l'exercice 2024. Cette obligation n'est pas un exercice comptable isolé : la collecte des données engage la direction financière, les équipes RSE, la DSI, les RH et les achats. Sans programme de formation structuré, les équipes sous-estiment la complexité de l'analyse de double matérialité, produisent des données inexactes et s'exposent à des défaillances lors de l'assurance limitée obligatoire dès 2025. Ce guide détaille comment bâtir un dispositif de formation CSRD opérationnel et traçable.

Pourquoi la CSRD rend la formation de vos équipes indispensable

La CSRD introduit trois exigences qui n'existaient pas sous la NFRD (Non-Financial Reporting Directive) : une analyse de double matérialité documentée (article 19 bis de la directive comptable 2013/34/UE, amendé par la CSRD), la publication d'informations alignées sur 12 standards ESRS adoptés par la Commission européenne en juillet 2023, et une assurance limitée de ces informations par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant (OTI) à partir de l'exercice 2025. Ces trois exigences supposent des compétences que la majorité des collaborateurs n'ont pas en arrivant sur le projet.

Une directive qui engage dix fonctions de l'entreprise

La direction financière porte la responsabilité globale du rapport de durabilité, intégré au rapport de gestion. Mais la collecte des données mobilise des fonctions très différentes : la DSI pour les données d'énergie et d'émissions tracées dans les SI, les achats pour les émissions de scope 3 et l'évaluation des fournisseurs au regard de l'ESRS S2 (travailleurs dans la chaîne de valeur), les RH pour les indicateurs sociaux S1 (conditions de travail, écart de rémunération hommes-femmes, formation professionnelle), et la direction générale pour les informations de gouvernance G1 (éthique des affaires, lobbying, politique anti-corruption). Chaque fonction doit comprendre ce qu'on lui demande, dans quel délai et pourquoi c'est auditable.

Les risques concrets d'une équipe non préparée

Les premières publications CSRD en Europe pour l'exercice 2024 ont mis en évidence des erreurs récurrentes dans les entreprises sans formation préalable : données scope 3 incomplètes faute de méthodologie partagée entre les achats et la direction financière, analyses de double matérialité réalisées par une seule personne sans consultation des parties prenantes (non conforme à l'ESRS 2 SBM-2), informations de gouvernance G1 rédigées sans référence aux articles de la directive. Ces erreurs ne font pas l'objet de sanctions directes aujourd'hui, mais elles créent des risques lors de l'assurance et, progressivement, face aux attentes des agences de notation ESG et des investisseurs institutionnels soumis eux-mêmes au règlement SFDR.

Qui former en priorité dans votre organisation

Toutes les fonctions ne doivent pas recevoir le même niveau de formation. Un socle commun de 30 à 45 minutes (définition CSRD, enjeux réglementaires, calendrier de mise en oeuvre) convient à l'ensemble des collaborateurs. Des modules approfondis de 2 à 4 heures sont nécessaires pour les fonctions qui contribuent directement à la production du rapport.

Les fonctions incontournables : finance, RSE et gouvernance

La direction financière et l'équipe RSE (ou développement durable) sont les deux piliers opérationnels de la CSRD. Le directeur financier doit comprendre les implications comptables de la directive : intégration dans le rapport de gestion, lien avec les IFRS S1 et S2 publiés par l'ISSB, cohérence entre les informations de durabilité et les états financiers. L'équipe RSE pilote la collecte des données thématiques (environnement, social, droits humains dans la chaîne de valeur) et orchestre l'analyse de double matérialité. Les administrateurs ou membres du conseil de surveillance ont besoin d'un module synthétique sur leurs responsabilités spécifiques : ils supervisent le processus de reporting et peuvent être interpellés lors de l'assurance sur la gouvernance du dispositif. Pour les entreprises qui ont déjà structuré une formation programme de sensibilisation anticorruption ou formation LCB-FT, les modules CSRD peuvent s'appuyer sur la même infrastructure e-learning.

DPO et DSI : leur rôle dans la collecte de données CSRD

Le DPO et la DSI entrent dans le dispositif CSRD par une porte souvent négligée : la qualité et la traçabilité des données. Les indicateurs RH (S1 : conditions de travail, diversité) et les données d'énergie et d'émissions (E1) sont collectés via des systèmes d'information. La CSRD exige que ces données soient auditables par l'OTI, ce qui suppose des logs de modification, des droits d'accès documentés et une gouvernance de la donnée formalisée. Le DPO, habitué à ces exigences sur les données personnelles dans le cadre du RGPD, peut jouer un rôle de référent méthodologique pour la partie qualité et gouvernance de la donnée CSRD.

Programme type d'une formation CSRD

Un programme de formation CSRD se structure en trois niveaux progressifs, adaptés aux publics et aux fonctions concernées.

Module 1 : comprendre les ESRS et le périmètre de reporting

Le point de départ de toute formation CSRD est la compréhension des 12 standards ESRS en vigueur. Ce module couvre :

  • les 2 standards transversaux : ESRS 1 (exigences générales et principes de reporting) et ESRS 2 (informations générales obligatoires pour toutes les entreprises assujetties) ;
  • les 5 standards environnementaux E1 (changement climatique), E2 (pollution), E3 (eau et ressources marines), E4 (biodiversité et ecosystèmes), E5 (utilisation des ressources et économie circulaire) ;
  • les 4 standards sociaux S1 (effectifs propres), S2 (travailleurs dans la chaine de valeur), S3 (communautés affectées), S4 (consommateurs et utilisateurs finaux) ;
  • le standard de gouvernance G1 (conduite des affaires).
L'enjeu de ce module est de comprendre lesquels de ces standards sont applicables à l'entreprise - leur pertinence est déterminée par le résultat de l'analyse de double matérialité. Les standards non jugés matériels peuvent faire l'objet d'une omission, mais celle-ci doit elle-même être documentée et justifiée selon ESRS 1 §29 à 36.

Module 2 : l'analyse de double matérialité

La double matérialité est le concept central et le plus complexe de la CSRD. Elle distingue deux dimensions obligatoirement analysées :

  • la matérialité d'impact (impact materiality) : les effets positifs et négatifs, réels et potentiels, de l'entreprise sur l'environnement et les personnes, dans sa propre activité et dans sa chaine de valeur ;
  • la matérialité financière (financial materiality) : les risques et opportunités ESG qui peuvent affecter la situation financière, la performance et la position concurrentielle de l'entreprise à court, moyen et long terme.
Ce module forme les équipes à conduire l'exercice de manière documentée et défendable devant l'OTI : identification des parties prenantes à consulter (ESRS 2 SBM-2), grille d'évaluation de la sévérité et de la probabilité des impacts, documentation des conclusions. Ce module nécessite des ateliers multi-fonctions, pas seulement une lecture.

Module 3 : collecte des données et chaine d'assurance

La collecte de données CSRD implique des sources multiples et des niveaux de qualité exigés par l'OTI. Ce module couvre :

  • les indicateurs clés par standard ESRS applicable à l'entreprise, avec leur définition précise (ex. : émissions de GES scope 1, 2 et 3 selon le GHG Protocol, taux d'accident du travail selon la définition ESRS S1-14) ;
  • les méthodes de calcul et les facteurs d'émission de référence ;
  • la documentation de la source de chaque donnée, de son propriétaire et de la date de collecte ;
  • le lien entre les données collectées et les systèmes d'information existants (SI RH, SI énergie, ERP, outils achats).
C'est souvent le module le plus chronophage : il met en évidence les lacunes dans les SI et la gouvernance de la donnée, ce qui conduit à des projets de mise à niveau de 3 à 12 mois avant la première publication.

Format e-learning : pourquoi il s'impose pour la CSRD

La CSRD touche des dizaines, parfois des centaines de collaborateurs selon la taille et la structure de l'organisation. Un programme présentiel unique est difficile à planifier à cette échelle, coûteux et ne permet pas la mise à jour continue des contenus face à l'évolution de la réglementation. La proposition Omnibus 2026 de la Commission européenne (COM(2025) 150) a par exemple modifié les seuils d'application et allégé certaines obligations - toute entreprise en formation doit intégrer ces évolutions sans re-planifier une session physique.

Micro-learning adapté à des équipes multidisciplinaires

Le micro-learning - des modules courts de 10 à 20 minutes ciblés sur un concept précis - est particulièrement adapté à la CSRD pour deux raisons structurelles. D'abord, les publics sont multidisciplinaires : un analyste financier et un responsable achats n'ont pas besoin du même module ESRS. Le premier travaillera sur la cohérence entre informations de durabilité et états financiers ; le second se concentrera sur l'évaluation des fournisseurs selon l'ESRS S2. Ensuite, la mémorisation est meilleure sur des formats courts et espacés dans le temps que sur une formation de deux jours en continu. Cette approche est cohérente avec celle adoptée par les équipes ayant déjà mis en place une sensibilisation des équipes à l'IA.

Mise à jour continue des contenus réglementaires

La réglementation CSRD est en mouvement permanent : les actes délégués sectoriels (sector-specific ESRS) sont en cours d'élaboration pour plusieurs secteurs, la proposition Omnibus modifie les seuils et allège certaines exigences pour les PME indirectement concernées via leur chaine de valeur, et les premières décisions de l'OTI sur les rapports de l'exercice 2024 commencent à préciser les attentes pratiques. Un dispositif e-learning permet de déployer une mise à jour de module en quelques jours, sans re-planifier une session présentielle. Cette agilité est particulièrement utile pour les entreprises dont les équipes compliance sont réduites et qui gèrent plusieurs référentiels réglementaires en parallèle (RGPD, NIS2, LCB-FT, CSRD).

Certification et traçabilité : documenter la formation pour l'audit

L'OTI qui réalise l'assurance limitée peut interroger les processus qui ont permis de produire les données du rapport. Un dispositif de formation traçable - avec logs de complétion, attestations par module, version du contenu suivi et date - constitue une pièce documentaire utile lors de l'assurance pour démontrer que les équipes ayant collecté et validé les données avaient bien été formées aux méthodes applicables.

Au-delà de l'assurance, la traçabilité de la formation CSRD remplit plusieurs fonctions :

  • démontrer à la direction le taux de complétion par département et identifier les fonctions qui n'ont pas encore finalisé leur parcours ;
  • prouver aux parties prenantes (investisseurs, clients grands comptes, banques soumises au règlement SFDR) que l'organisation s'est structurée sérieusement ;
  • faciliter l'onboarding des nouveaux collaborateurs qui rejoignent les équipes en cours de cycle CSRD, sans les contraindre à attendre la prochaine session annuelle.

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Questions fréquemment posées

Qui est concerné par la CSRD en 2026 après la proposition Omnibus ?

La CSRD originale (directive 2022/2464/UE) s'applique aux grandes entreprises dépassant deux des trois critères suivants : plus de 250 salariés, plus de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires net, plus de 20 millions d'euros de total bilan. La proposition Omnibus de la Commission européenne (COM(2025) 150) propose de relever ces seuils à 1 000 salariés avec 50 millions d'euros de chiffre d'affaires ou 25 millions de bilan, ce qui réduirait le nombre d'entités directement assujetties de 50 000 a environ 5 000 en Europe. En attendant l'adoption définitive de cette révision par le Parlement et le Conseil européens, les entreprises dans le champ de la directive originale pour les exercices 2024 et 2025 restent soumises à leurs obligations de reporting.

La CSRD impose-t-elle explicitement une formation des équipes ?

La directive ne prescrit pas de programme de formation formalisé. En revanche, elle impose la publication d'informations vérifiables selon les standards ESRS, soumises à une assurance limitée par un OTI dès l'exercice 2025. Pour produire des données auditables - c'est-à-dire des données dont la source, la méthode de calcul et le propriétaire sont documentés - les équipes doivent comprendre les exigences de chaque indicateur ESRS applicable. En pratique, l'absence de formation se traduit par des données inexactes ou non auditables, ce qui expose l'entreprise à des réserves lors de l'assurance.

Quels sont les modules essentiels d'une formation CSRD ?

Un programme de formation CSRD complet comprend au minimum trois modules : la compréhension des 12 standards ESRS (transversaux ESRS 1 et 2, environnementaux E1-E5, sociaux S1-S4, gouvernance G1), la conduite de l'analyse de double matérialité selon ESRS 2 SBM-2 (identification des parties prenantes, évaluation de la sévérité et de la probabilité des impacts, documentation), et la collecte des données avec traçabilité de leur source et méthode de calcul. Ces modules sont adaptés par fonction : la direction financière approfondit la cohérence entre informations de durabilité et états financiers, les achats se concentrent sur les émissions scope 3 et l'évaluation des fournisseurs.

Comment documenter les formations CSRD pour un audit OTI ?

Pour l'assurance limitée, il est recommandé de disposer d'un registre de formation indiquant pour chaque participant : le module suivi, la version du contenu (les ESRS peuvent évoluer), la date de complétion et l'attestation générée. Cette traçabilité peut être assurée par une plateforme e-learning (LMS) avec export des logs, ou a minima par un fichier nominatif avec attestations PDF. L'OTI peut interroger ces éléments pour vérifier que les équipes ayant produit les données avaient bien été formées aux méthodes applicables, en particulier pour les indicateurs complexes comme les émissions scope 3 ou l'évaluation des conditions de travail dans la chaine de valeur.

Quel est l'impact de la proposition Omnibus 2026 sur les obligations de formation CSRD ?

La proposition Omnibus de la Commission européenne (COM(2025) 150) vise à réduire le nombre d'entreprises directement assujetties à la CSRD en relevant significativement les seuils. Si adoptée en l'état, elle exonérerait les entreprises de moins de 1 000 salariés de l'obligation directe de reporting. En revanche, les entreprises restant dans le champ - grandes ETI et groupes cotés - ne sont pas libérées des obligations de reporting ni de formation. Par ailleurs, les PME appartenant à la chaine de valeur de grandes entreprises resteraient indirectement sollicitées pour fournir des données à leurs donneurs d'ordre, ce qui maintient un besoin de sensibilisation de base sur les indicateurs ESRS les plus demandés (émissions scope 3, conditions de travail, politique anti-corruption G1).

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