Datacenters de proximité : la souveraineté numérique commence dans les territoires

18/4/26
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En France, 63 % des collectivités hébergent encore leurs données en interne, dans des infrastructures vieillissantes. Dans le même temps, une part croissante des données sensibles d'entreprises et de services publics repose sur des clouds étrangers soumis à des législations extraterritoriales — dont le fameux Cloud Act américain. Ce paradoxe révèle une fragilité structurelle dans la souveraineté numérique française.

C'est le constat dressé dans une tribune publiée le 14 avril 2026 par Ilham Djehaich, présidente d'InfraNum, et Antoine Fournier, président de Thésée Datacenter. Les deux experts plaident pour un modèle alternatif : le datacenter de proximité, infrastructure ancrée localement et conçue pour répondre aux besoins spécifiques des organisations et territoires.

Ce qui s'est passé

Dans une tribune parue sur Silicon.fr, InfraNum et Thésée Datacenter dressent un état des lieux préoccupant de l'hébergement des données en France. D'un côté, des collectivités territoriales maintiennent des serveurs locaux vétustes, coûteux à entretenir et de plus en plus difficiles à mettre en conformité avec les exigences réglementaires de sécurité. De l'autre, les alternatives cloud disponibles sur le marché relèvent souvent d'acteurs soumis à des juridictions extra-européennes.

Face à ce double écueil, les auteurs défendent le datacenter de proximité comme troisième voie : une infrastructure certifiée, ancrée dans le territoire, sous contrôle juridique européen. Les organisations y trouveraient une maîtrise claire du cadre légal applicable à leurs données et des responsabilités associées — un enjeu clé pour tout acteur traitant des données personnelles au quotidien.

Pourquoi c'est important pour les DPO et RSSI

Pour un responsable de la protection des données, la question de l'hébergement n'est pas qu'une affaire de technique informatique : c'est une question de conformité RGPD. L'article 28 du RGPD impose de s'assurer que tout sous-traitant, y compris un hébergeur, offre des garanties suffisantes. Lorsque cet hébergeur est soumis à une législation extraterritoriale comme le Cloud Act, la possibilité que des autorités étrangères accèdent aux données sans autorisation de l'entreprise crée un risque juridique réel.

L'hébergement en datacenter de proximité européen permet d'identifier clairement le cadre juridique applicable, de documenter cette analyse dans le registre des activités de traitement, et de simplifier la gestion des clauses contractuelles avec le sous-traitant. En cas de contrôle CNIL ou d'audit interne, cette traçabilité est un atout indéniable.

Par ailleurs, les datacenters de proximité présentent des avantages concrets en matière de résilience : latence réduite, disponibilité locale, et capacité à gérer des incidents sans dépendre d'un support basé à l'étranger.

Ce que ça change pour les organisations

Pour les entreprises et collectivités qui envisagent de revoir leur stratégie d'hébergement, les auteurs préconisent une approche hybride : un hébergement de proximité pour les données sensibles (données personnelles, données de santé, informations stratégiques), couplé à des services cloud pour les usages moins critiques. Ce modèle offre le meilleur des deux mondes — agilité et maîtrise.

Plusieurs modèles de partenariats public-privé (PPP) sont possibles pour financer et opérer ces infrastructures locales : co-construction, co-financement ou délégation d'exploitation. Le Guide du Datacenter de Proximité, mentionné par les auteurs, recense ces montages et peut servir de base de travail pour les organisations publiques.

En pratique, voici les actions à engager :

  • Cartographier vos hébergeurs actuels et identifier ceux soumis à des juridictions extra-européennes
  • Évaluer si des données particulièrement sensibles pourraient bénéficier d'un rapatriement vers un datacenter européen certifié
  • Documenter dans votre registre des traitements la localisation des données et le cadre juridique applicable
  • Consulter notre sélection d'outils SaaS européens pour identifier des alternatives souveraines à vos solutions actuelles

Ce que Leto pense de cette décision

Cette tribune arrive à point nommé. Alors que le Cloud Act américain continue de faire peser une menace juridique sur les données hébergées outre-Atlantique, et que les transferts hors UE restent l'un des angles d'attaque privilégiés lors des contrôles CNIL, la question de l'hébergement souverain n'est plus un sujet réservé aux RSSI : elle concerne directement les DPO. La conformité RGPD passe aussi par le choix de l'infrastructure. Il est temps d'en faire un critère de sélection à part entière dans vos appels d'offres.

Sources : Silicon.fr — Tribune Ilham Djehaich & Antoine Fournier (14 avril 2026) · InfraNum

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